Trois piliers du Jazz

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Les trois caractéristiques fondamentales du jazz sont l'improvisation, le rythme et le son, trois domaines qui en font la spécificité. Quelle que soit l'air adoptée par les musiciens, on parlera de Jazz dès l'instant où la mélodie est interprétée d'une certaine manière qui n'a rien à voir avec la musique classique européenne. Au clair de la lune  peut devenir un morceau de Jazz dès l'instant où la mélodie de cet air bien connu est passé à la moulinette de l'improvisation, du rythme et du son. "Le jazz est un style, non une composition. N'importe quelle musique peut être interprétée en jazz, du moment qu'on sait s'y prendre. Ce n'est pas ce que vous jouez qui compte mais la façon dont vous le jouez" - Jelly Roll Morton. Il y a plus car la même trame mélodique interprétée par le même musicien à des moments différents donnera lieu à des oeuvres également différentes. On comprend mieux dès lors l'importance des discographies. Le musicien de jazz est un musicien de l'instant qui réinvente sans cesse sa propre musique. Il suffit pour s'en convaincre de comparer la version de Footprints, interprété en 1966 par Wayne Shorter avec ce même morceau rejoué par le saxophoniste en 2002. On pourrait multiplier les exemples.

L'improvisation

La plus grande différences entre la musique classique et le jazz est sans nul doute l'improvisation. Les exemples d'improvisation sont très rares en musique classique. En fait, sans l'écriture la musique classique n'existerait pas. Le jazz, lui, existe sans qu'il soit écrit. L'improvisation est  en effet la caractéristique qui lui permet de se dispenser de la partition. Bien sur la plupart des morceaux de jazz reposent sur des "thèmes" convenus et parfois écrits, mais ces mélodies représentent uniquement la carte d'identité du morceau, une base pour improviser. Une mélodie est par exemple jouée sur quelques accords (groupes de notes) d'accompagnement qui vont servir ensuite à inventer d'autres lignes mélodiques. C'est cela l'improvisation. Tout se passe comme lorsqu'on chante une mélodie en s'accompagnant à la guitare et que, ensuite, on invente sur les mêmes accords d'autres mélodies en fonction de l'inspiration du moment. En jazz on parle de "grille d'accords" et de "thème" pour désigner la mélodie de base et ses accords d'accompagnement. C'est à partir de la grille d'accord que le musicien de jazz improvise et crée de nouvelles lignes mélodiques.

La plupart des morceaux de jazz suivent normalement le déroulement suivant: thème-improvisations-thème. L'improvisation sur les différents accords fait appel à des gammes, c'est à dire à des notes qui s'adaptent aux différents accords. On parle de "chiffrage des accords" lorsque, à partir d'u certain niveau de complexité, le musicien de jazz note dans l'ordre le nom des différents accords afin de pouvoir les mémoriser et choisir les gammes dans lesquelles il va ensuite improviser. C'est de cette manière que  Charles Mingus s'y prenait pour élaborer sa musique dans les fameux "workshops" qu'il dirigeait à Brooklyn dans les années 50.

"My whole conception with my present Jazz Workshop group deals with nothing written. I 'write' compositions--but only on mental score paper--then I lay out the composition part by part to the musicians. I play them the 'framework' on piano so that they are all familiar with my interpretation and feeling and with the scale and chord progressions to be used. Each man's particular style is taken into consideration, both in ensemble and in solos. For instance, they are given different rows of notes to use against each chord but they choose their own notes and play them in their own style, from scales as well as chords, except where a particular mood is indicated. In this way I can keep my own compositional flavor in the pieces and yet allow the musicians more individual freedom in the creation of their group lines and solos." - Charles Mingus

Il y a plusieurs sortes de gammes. La gamme chromatique (12 notes) est peu employée  en jazz et en classique. On admet communément qu'une gamme comporte 7 notes, mais il existe aussi les gammes pentatoniques (5 notes) et la gamme dite "par tons" qui a 6 notes (plusieurs exemples dans l'oeuvre de Debussy). Pour improviser le musicien choisit ses notes au sein d'une gamme. Par exemple, au sein d'une gamme blues en do (do, mi bémol, fa, sol, si bémol),  il va jouer par exemple: do, mi bémol, do, mi bémol, fa, sol, si bémol, sol, fa, mi bémol, do, etc. , jusqu'à ce que l'accord suivant le conduise à changer de gamme. La couleur sonore propre au jazz vient de ce que les notes dans les gammes subissent des altérations diverses. Les célèbres "blue notes" dans la gamme blues en do, par exemple sont les notes SI et MI baissées d'un demi ton (bémol). Le choix des notes au sein des gammes qui conviennent aux accords joués par le pianiste s'appelle le "chorus". C'est le moment où dans un morceau de jazz, un musicien improvise, ce qui peut aller de la simple paraphrase du thème jusqu'à une transformation radicale.

 
 

 

Le rythme

L'essence même du jazz est dans le swing et le swing  c'est la clé du rythme dans le jazz. Difficile en effet d'expliquer ce qu'est le rythme swing en dehors du contexte jazz qui l'a inventé. On peut cependant se faire une idée du mot "swing" en songeant  aux trois temps de la valse que l'on peut compter 1,2,3- 1,2,3 jusqu'à la fin du morceau. En jazz on joue à quatre temps et on compte 1,2,3,4-1,2,3,4 sauf que chaque temps est subdivisé en trois:
1, 2, 3/1 1, 2, 3/2 1, 2, 3/3 1, 2, 3/4   1, 2, 3/1 1, 2, 3/2 1, 2, 3/3 1, 2, 3/4  etc.

Cette ternarité  n'est pas la succession de notes égales car les deux premières notes n'en font qu'une et elles ont une durée double de celle qui suit. On a en fait quelque chose comme "doo-be" où "doo" est deux fois plus long que "be". Là est le swing!

Il y a une différence subtile entre le classique et le jazz. En effet le musicien classique ne joue pas la même alternance longue-courte de la même manière que le musicien de jazz. Pourquoi? L'explication réside probablement dans le caractère "dance" du swing. Il y a aussi cette aptitude très africaine à l'exacerbation et à la transe qui confère au swing une énergie particulière "propice au bondissements de la chair", comme disait André Gide.

Mais le jazz ne swingue pas toujours. Dès les années 60 apparaissent l'arythmie et les polyrythmies (simultanéité de rythmes indépendants) de la New thing. Le Jazz-rock repose sur un rythme binaire dénué de swing.

Nombreux sont ceux qui néanmoins adhèrent toujours à ce que dit le titre d'un morceau célèbre du Duke :  "It don't mean a thing if it ain't got that swing"

 

 
 

Le son

Contrairement à ce qui se passe dans la musique classique où l'on s'attache à commencer une note le plus exactement possible (recherche de l'attaque parfaite), et à la maintenir juste et tenue, le jazz s'y prend d'une autre façon. En Jazz c'est l'expression qui compte le plus. Les notes sont souvent attaquées un peu en dessous du ton juste et la note n'est pas forcément émise clairement. S'y ajoute éventuellement un bruit de souffle. Toutes sortes de vibrations sont appliquées allant du vibrato aux shakes (vibrations fortes) en passant par les "glissandos (trombonne) et autres effets comme le "growl" (son rauque). On s'attache à modifier le son des instruments en leur ajoutant des sourdines. Certains pratiquent même l'overblowing, technique consistant à souffler plus fort que nécessaire dans l'instrument au point de le faire saturer. Enfin, chaque musicien a une façon bien à lui d'articuler les notes (phrasé) les unes à la suite des autres, ce qui contribue à le distinguer. (PL)

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